Génériques : les pharmaciens ne veulent plus jouer le jeu
Autrement dit, les pharmaciens ne proposeront plus aux patients de remplacer les médicaments qui leur sont prescrits par des génériques, de 30% à 40% moins chers.
Raison de leur colère, la généralisation, annoncée la semaine dernière par le ministre de la Santé, du tarif forfaitaire de responsabilité (TFR) : dès l'année prochaine, tous les médicaments pour lesquels un générique existe depuis au moins deux ans seront remboursés sur la base du prix de ce générique. Pour l'assurance-maladie, ce sont des centaines de millions d'euros économisés rapidement.
«Notre rôle d'acteur de santé est en cause, plaide le Dr Pierre-François Charvillat, également porte-parole du collectif. On a compté sur nous pour promouvoir les génériques. Nous avons joué le jeu et on nous sanctionne. On veut refaire de nous de simples distributeurs.» La France est parvenue au troisième rang européen pour la pénétration des génériques, selon le Gemme, qui regroupe les fabricants. «Une vision à court terme»
L'enjeu est aussi financier. Fixé par les pouvoirs publics, le taux de marge du pharmacien sur chaque boîte de génériques vendue est identique à celui qui est appliqué aux autres médicaments. Mais le fabricant de génériques a le droit de lui accorder une remise (en fonction des volumes vendus, notamment) cinq fois plus élevée qu'un laboratoire pharmaceutique classique. Ainsi, en valeur absolue, le pharmacien gagne-t-il à peu près autant quand il délivre un médicament de marque (le «princeps») ou son générique, moins cher.
En outre, les industriels du générique, pour gagner des parts de marché, versent aux pharmaciens des «marges arrière», en échange de services de «coopération commerciale» (diffusion de plaquettes pédagogiques sur les génériques, réponses à des enquêtes...). «Ces sommes peuvent représenter 30% à 40% du prix de certains des produits. Chez Pharma Référence, que je préside, elles atteignent en moyenne 4 000 euros par officine et par an», explique Lucien Bennatan.
Les pharmaciens ont donc intérêt à délivrer des génériques. Or, si princeps et générique coûtent autant à l'assurance-maladie, pourquoi un malade, souvent méfiant à l'idée d'être soigné avec une «copie», renoncerait-il à son médicament habituel sachant qu'il ne contribue même plus à «réduire le trou de la Sécu» ? La généralisation du TFR pourrait ainsi faire reculer les génériques... que les gouvernements successifs s'évertuent à faire progresser depuis des années.
Au risque de voir, à terme, les fabricants de génériques, souvent déjà déficitaires, quitter le marché français. Et les grands laboratoires traditionnels se trouver, comme autrefois, en position de force face à la Sécu. «Une vision à court terme, dénonce Lucien Bennatan, pour faire apparaître des comptes sociaux moins mauvais avant les prochaines élections, quitte à déséquilibrer le système qui se mettait bien en place.»
- 000 euros perdus par officine
Premier syndicat de pharmaciens d'officine, la FSPF réunit demain une assemblée générale extraordinaire, en réaction aux annonces de Xavier Bertrand. Un éventuel arrêt de la substitution de médicaments «fait partie des mesures» qui y seront débattues, explique son président, Pierre Leportier. D'après lui, la seule généralisation du tarif forfaitaire de responsabilité représente 250 millions d'euros de marge en moins par an pour les pharmacies. L'ensemble des nouvelles mesures «médicament» (déremboursements, baisses de prix...) conduirait à «une baisse de 35 000 euros du résultat net annuel par officine, qui s'élève en moyenne à 120 000 euros environ.» Le ministère de la Santé rétorque que les marges et les revenus des pharmaciens n'ont cessé de croître ces dernières années.